Vous montez sur la balance à la fin du mois et le chiffre a beaucoup baissé. Si vous vous dites j’ai perdu 10 kilos pendant le Ramadan, la question n’est pas seulement de savoir si le jeûne peut faire maigrir. Une perte aussi importante en quelques semaines est nettement supérieure aux variations moyennes observées dans les études.
Elle mérite donc d’être remise dans son contexte : était-elle volontaire, partiez-vous d’un poids élevé, avez-vous beaucoup moins mangé, avez-vous été malade ou déshydraté ? Voici les repères utiles pour distinguer une variation liée au changement de rythme d’une perte de poids qui mérite un avis médical.
Perdre 10 kilos pendant le Ramadan n’est pas une variation habituelle
Le jeûne du Ramadan modifie les horaires des repas et supprime les apports alimentaires et hydriques entre l’aube et le coucher du soleil. Selon les habitudes prises le soir et avant l’aube, certaines personnes perdent du poids, d’autres restent stables et d’autres encore en prennent.
Les travaux scientifiques disponibles donnent surtout un ordre de grandeur. Une méta-analyse publiée en 2023, regroupant 66 études et 7 611 participants, a retrouvé dans la population générale une baisse moyenne d’environ 1,12 kg après le Ramadan. Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2025 sur 54 études chez des adultes en bonne santé confirme une diminution du poids et de l’IMC pendant le mois, mais décrit des changements globalement transitoires, avec un retour progressif vers les valeurs d’avant Ramadan dans les semaines suivantes.
Ces moyennes ne disent pas ce qui s’est passé chez une personne précise. Elles montrent toutefois qu’une perte de 10 kg en un mois se situe très loin du changement habituellement observé. Il serait donc trompeur de présenter ce résultat comme une conséquence normale du jeûne ou comme une méthode à reproduire.
Les 10 kg affichés ne correspondent pas forcément à 10 kg de graisse
Une balance mesure le poids total, pas sa composition. Pendant une période où les horaires, les quantités mangées, l’hydratation et parfois l’activité physique changent fortement, plusieurs compartiments peuvent évoluer en même temps.
Une partie de la baisse peut correspondre à de la masse grasse si les apports énergétiques sont inférieurs aux dépenses. Mais le poids varie aussi avec l’eau corporelle, les réserves de glycogène auxquelles de l’eau est associée, le contenu digestif et, dans certaines situations, la masse maigre. C’est pourquoi une chute rapide ne permet pas de conclure que le corps a perdu uniquement de la graisse. Les études consacrées au Ramadan retrouvent d’ailleurs des modifications de plusieurs composantes corporelles et pas uniquement de la masse grasse. Une méta-analyse publiée dans Frontiers in Nutrition détaille ces évolutions.
Le moment de la pesée compte également. Se peser un soir après l’iftar puis un autre jour en fin de jeûne, après plusieurs heures sans boire ni manger, ne donne pas deux mesures comparables. Pour comprendre l’évolution, mieux vaut regarder plusieurs pesées réalisées dans des conditions similaires plutôt qu’un chiffre isolé.
La première question : vouliez-vous réellement perdre autant de poids ?
Si la baisse était involontaire, elle mérite une attention particulière. L’Assurance Maladie recommande déjà d’en parler à son médecin en cas de perte involontaire de 2 kg en un mois ou de 4 kg en six mois. Dix kilos en quelques semaines dépassent largement ce repère, même si le changement d’alimentation lié au Ramadan peut en expliquer une partie. L’Assurance Maladie détaille ces repères de perte de poids involontaire.
Le médecin cherchera surtout à reconstituer la chronologie : poids avant le Ramadan, quantité réellement mangée au suhoor et à l’iftar, appétit, troubles digestifs, médicaments, fatigue, activité physique et éventuels symptômes associés. Une baisse très importante peut simplement refléter des apports devenus insuffisants, mais une perte de poids involontaire peut aussi avoir d’autres causes qu’un changement de rythme alimentaire. Le contexte et l’examen clinique permettent de décider si des analyses sont utiles.
Si vous aviez au contraire décidé de perdre du poids, le fait d’avoir atteint 10 kg ne prouve pas que la stratégie était adaptée. Une restriction très forte peut augmenter le risque de fatigue, de déshydratation et d’apports insuffisants en protéines, vitamines ou minéraux. Si vous souhaitez poursuivre une perte de poids après le Ramadan, mieux vaut repartir sur un objectif discuté avec un médecin ou un diététicien plutôt que chercher à prolonger une restriction très rapide.

Quels signes doivent faire consulter rapidement ?
La perte de poids elle-même justifie déjà un avis lorsqu’elle est importante et non recherchée. Certains signes rendent cet avis plus urgent, en particulier lorsqu’ils évoquent une déshydratation marquée ou un problème qui ne peut pas être expliqué simplement par le changement des repas.
- des étourdissements importants, au point de ne plus pouvoir rester debout, une confusion, une désorientation, un malaise ou un évanouissement ;
- une grande faiblesse, des crampes ou un état général qui se dégrade franchement pendant le jeûne ;
- une soif inhabituelle avec des urines beaucoup plus fréquentes, surtout si le poids continue de baisser ;
- une perte qui se poursuit après la fin du Ramadan alors que l’alimentation et l’hydratation ont repris normalement.
Un guide du NHS consacré au jeûne rappelle que la déshydratation peut provoquer léthargie, crampes, vertiges, désorientation et jusqu’au collapsus ou à l’évanouissement. Si vous êtes très étourdi, confus ou sur le point de perdre connaissance, la priorité médicale est de vous réhydrater et d’obtenir de l’aide. En cas de malaise sévère ou de dégradation rapide, contactez les services d’urgence.
Hydratation et repas : chercher l’équilibre, pas la compensation
Après une journée de jeûne, il peut être tentant de manger très peu pour prolonger la perte de poids, ou au contraire de compenser par un repas très copieux. Ces deux extrêmes compliquent la lecture de ce que fait réellement votre poids.
L’Organisation mondiale de la Santé recommande pendant le Ramadan de boire suffisamment pendant les heures où cela est possible, de privilégier une alimentation variée avec légumes, céréales complètes et sources de protéines, et de limiter les aliments très frits, transformés ou riches en sucres. Les besoins exacts en eau et en alimentation restent individuels, notamment en cas de maladie rénale, cardiaque, de diabète, de grossesse ou de traitement régulier.
Le but n’est donc pas de transformer l’iftar ou le suhoor en programme minceur très strict. Si vous avez déjà perdu beaucoup de poids, la priorité est plutôt de vérifier que vous mangez et buvez suffisamment pendant la fenêtre alimentaire, que votre énergie reste correcte et que le poids se stabilise.
Après le Ramadan, surveillez surtout la tendance
Les études montrent qu’une partie des variations de poids observées pendant le Ramadan tend à s’atténuer dans les semaines qui suivent. Cela ne signifie pas qu’une reprise soit obligatoire, ni qu’elle corresponde automatiquement à un effet yoyo. Le retour à une hydratation et à des horaires de repas habituels peut simplement modifier de nouveau le poids mesuré.
Si vous avez perdu 10 kg, ne cherchez donc pas à interpréter chaque kilo repris ou perdu dans les jours suivants. Observez plutôt si votre poids se stabilise, si l’appétit revient, si vous retrouvez votre énergie et si aucun symptôme nouveau n’apparaît. Lorsque la perte était involontaire ou qu’elle se poursuit, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé : une baisse aussi importante mérite d’être évaluée, même si elle a coïncidé avec le Ramadan.
FAQ
Est-ce que jeûner pendant le Ramadan fait forcément perdre du poids ?
Non. Les études retrouvent en moyenne une petite baisse de poids, mais le résultat varie selon les apports au suhoor et à l’iftar, l’activité, le sommeil, l’hydratation et le poids de départ. Certaines personnes restent stables ou prennent du poids.
Peut-on perdre 10 kg de graisse en un mois de Ramadan ?
La balance ne permet pas de l’affirmer. Une perte aussi rapide peut associer graisse, eau, glycogène, contenu digestif et parfois masse maigre. Les données scientifiques sur le Ramadan rapportent des variations moyennes bien inférieures à 10 kg.
Le Ramadan est-il équivalent au jeûne intermittent 16/8 ?
Non. Les deux pratiques limitent les horaires de prise alimentaire, mais le Ramadan comprend aussi une absence de boisson pendant la période de jeûne. Il s’inscrit en outre dans un cadre religieux précis et ne doit pas être assimilé à un protocole minceur.